Les souvenirs
Il ne faut pas se goinfrer de souvenirs.
Comme le sucre, ils donnent le vertige. La nausée. Le cerveau supplie de diminuer les doses. Le décor tangue et s’efface. Il est temps de reprendre pied dans le présent. Et pour changer de temps, il faut changer de lieu. Mais alors il faut voyager, et les trajets font remonter d’autres souvenirs au fond de la gorge. On peut s’accrocher à la lecture, qui infiltre le cerveau comme l’eau le papier. Les fibres se détachent, s’éparpillent dans l’espace, se perdent. Elles ne s’agrégeront plus jamais.
D’autres prendront leur place, lentement, comme une plante se forme en sortant de terre. Quand on a grandi près d’elle, habiter loin de la mer est une douleur que rien ne peut consoler.
Le sentiment océanique se réduit à une carte postale aussi vite que la lumière du soleil vient frapper les arbres morts sur cette plage. Ces arbres ont bu la lumière pour grandir, et aujourd’hui elle les sèche avec le vent. Ils apparaissent, disparaissent, portés par les marées. On ne sait jamais s’ils seront là quand on revient les voir.
L’expérience du paysage est écrasée par le capteur de la caméra. Je veux essayer de la recréer ici, plusieurs mois après, enfermé dans ma semaine.