Maison Claudine

Je regarde les appartements posés les uns sur les autres, empilés, alignés, suspendus sous le ciel. À peine secoués, leurs habitants se répandent dans l'atmosphère comme des cristaux de sel versés sur la nourriture. Mais ils tombent sans fin.

Au début, ahuris et paniqués, ils hurlent sans bruit. Ils regrettent leur famille, leur travail, leur petit chez eux. Mais bien vite ils aiment tomber, et la chute devient leur manière de vivre, leur vie tout entière. Ils se détendent, se remémorent une comptine de leur enfance. Certains s'endorment, et au réveil, goûtent l'air frais sur leurs joues.

Parfois, ils sont percutés par des avions de ligne dont ils font exploser la turbine. La carcasse de l'engin se disloque et les passagers sont aspirés à l'extérieur. Ils croisent en tombant vers le ciel ceux qui s'envolent vers la Terre, et à peine auront-ils échangé quelques mots qu'ils oublieront l'existence les uns des autres.

Il existe des maisons faites pour vivre dehors. J'en connais une. Elle s'appelle Claudine.

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