Le correcteur
Un rouleau de ruban correcteur est posé sur mon bureau. Je l’ai acheté pour masquer mes erreurs. Elles sont masquées autant que signalées. C'est le but. J’écris presque sans ratures. Je n’écris que des phrases entendues quelques secondes auparavant dans le silence de la page.
Ensuite, je recopie le texte à l’aide d’un ordinateur. Commence la recomposition. Les mots s’intercalent, glissent, s’annulent. Disparaissent, oubliés. S’endorment pour des années.
Je les retrouve un jour d’automne, quand une amie les réveille pour les boire. Ils me paraissent fragiles, gauches, ternes. Je souffle sur leur visage pour les aider à sortir de leur torpeur. Paresseux, ils se rangent les uns à côté des autres. Certains boitent, d’autres chantent. Je les rhabille comme des enfants de trois ans, alors qu’ils en ont plus de dix. Ils chantent leur mélodie en murmurant, tordant leurs doigts, levant les yeux au ciel.
Parfois, ils sont sur le point d’entamer une phrase, mais après une brève hésitation, ils se taisent.
Je parle pour eux.